Le quotidien des femmes non francophones
En tant qu’enseignante de français auprès des femmes de tous niveaux (analphabète à universitaire), je souhaite faire part ici des difficultés qu’elles rencontrent. Je connais les obstacles qu’elles affrontent et j’estime qu’elles devraient être mieux soutenues pour apprendre le français.
Parmi les femmes d’origine étrangère à Vandoeuvre, un grand nombre d’analphabètes ont besoin d’une aide particulière et de plusieurs heures de pratique par semaine. Ces femmes analphabètes rencontrent un grand nombre de difficultés dans toutes les situations de la vie courante ce qui pose bien des problèmes pour elles et pour les gens qui les rencontrent sans pouvoir les comprendre.
Il y a des femmes d’origine étrangère, universitaires mais non francophones qui vivent presque la même situation que les premières, uniquement parce qu’elles ne comprennent pas et ne parlent pas le français. Celles-là ont été scolarisées dans leur pays d’origine et ont fait parfois des études universitaires. Seulement elles se retrouvent dans des situations peu enviables faute de pouvoir acquérir la langue aussi rapidement que possible. Parmi les difficultés que rencontrent toutes ces femmes : se repérer dans la ville, se débrouiller seules dans la vie quotidienne, lire un magazine, faire un chèque, écrire une lettre, rencontrer de nouvelles personnes, se faire des amis, se sentir moins isolées…
Ces femmes souffrent aussi car elles ne peuvent pas s’occuper convenablement de la scolarité de leurs enfants et les aider. Elles sont également obligées d’avoir un accompagnateur partout où elles vont, dans toutes les tâches qu’elles jugent difficiles pour qui ne parle pas la langue. Elles ne peuvent pas lire leur courrier, un plan, des indications…Elles n’ont pas accès à l’emploi, aux formations faute d’une compréhension parfaite de la langue. Le code de la route et le permis de conduire, qui gardent encore bien des secrets pour elles, leur deviennent ainsi inaccessibles.
Comprendre ses enfants
Ces femmes souhaitent pouvoir comprendre, parler et écrire le français. Pour pouvoir se débrouiller toutes seules dans la vie de tous les jours, pour pouvoir espérer réussir ce qu’elles entreprennent, sans devoir tout recommencer indéfiniment et toujours sans succès. Ces femmes ont besoin d’apprendre la langue française en un temps pas nécessairement record, mais en un temps qui ne tendrait pas toujours vers l’infini.
Le comble est que contrairement aux étudiants étrangers qui viennent d’arriver, parmi ces femmes, plusieurs ont la nationalité française ou une carte de dix ans au moins. C’est-à-dire que toutes se trouvent en France depuis plus ou moins longtemps et ce n’est pas le bain linguistique qui leur fait défaut. Toutes ont des enfants nés en France, parfois de grands enfants, auprès desquels elles se sentent comme des étrangères. Quand ils parlent en français, elles n’arrivent pas à suivre leur rythme donc elles ne comprennent rien de ce qu’ils disent. Leur situation est encore pire auprès de leurs petits-enfants qui, le plus souvent, ne parlent que le français.
Toutes ces femmes ont la grande chance, pour apprendre le français, de se trouver sur le sol français c’est-à-dire dans le pays où est parlée la langue française : le pays de la langue. Cependant, elles n’ont toujours pas la chance de pouvoir comprendre cette belle inconnue qu’elles côtoient chaque jour.
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